Sentier botanique dans la forêt primaire de Mare-Longue à Saint-Philippe, La Réunion

Photo : VillageHero / Wikimedia Commons (CC BY-SA 2.0)

La plupart des randonnées de La Réunion se vendent par leurs superlatifs : la plus haute cascade, le plus beau panorama, le sommet le plus exigeant. La forêt de Mare-Longue, à Saint-Philippe, joue sur un tout autre registre. On n'y va pas pour une photo spectaculaire à partager, mais pour marcher dans quelque chose de devenu rare : un fragment de forêt tropicale de basse altitude qui n'a jamais été rasé, brûlé ou recouvert par une coulée de lave depuis des siècles.

Ce texte n'est pas la fiche technique — pour les chiffres précis (distance, durée, accès), retrouvez notre fiche pratique dédiée à la forêt de Mare-Longue. Ici, il s'agit de raconter pourquoi cette forêt presque ordinaire en apparence mérite qu'on s'y arrête, et ce qui la rend, en réalité, exceptionnelle.

Une forêt qui a presque disparu partout ailleurs

Pour comprendre Mare-Longue, il faut d'abord comprendre ce qui a disparu autour. À l'arrivée des premiers colons, les bas de La Réunion, du littoral jusqu'à environ 800 mètres d'altitude, étaient couverts d'une forêt tropicale dense. En quelques générations, la canne à sucre, puis l'urbanisation du littoral, ont rayé cette forêt de la carte sur la quasi-totalité de l'île. Ce qu'on appelle aujourd'hui les « forêts de bas » de La Réunion n'existe quasiment plus qu'à l'état de souvenir et de quelques reliques protégées.

Mare-Longue est l'une de ces reliques, et pas la moindre : elle est considérée comme l'un des derniers témoins de forêt tropicale primaire de basse altitude de l'ensemble des Mascareignes (Réunion, Maurice, Rodrigues). Sa préservation tient en grande partie au hasard de la géographie : nichée dans le Sud Sauvage, sur un relief peu propice à l'agriculture intensive, elle a échappé à la défriche généralisée qui a transformé le reste du littoral.

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Marcher sous la canopée

Concrètement, la visite se fait sur un sentier botanique plat et balisé, aménagé par l'ONF, qui ne demande ni préparation physique ni équipement particulier. Ce qui frappe en premier, ce n'est pas un élément isolé, mais une ambiance générale : une lumière filtrée et verdâtre, une humidité constante, une épaisseur de végétation à toutes les hauteurs, du sol couvert de racines jusqu'à une canopée haute d'une vingtaine de mètres. On y croise des arbres aux noms créoles qui sonnent comme un inventaire poétique : bois de couleurs, bois de joli cœur, bois de bananes, bois de cabris, aux côtés de fougères arborescentes et de palmistes rouges.

Le sentier est ponctué de panneaux installés par l'ONF, qui permettent de mettre un nom sur une partie de cette végétation, en grande partie endémique de l'île. C'est aussi une bonne occasion d'observer ou d'entendre quelques oiseaux de la forêt réunionnaise, comme le tec-tec (le traquet de La Réunion), qui fréquente ce type de sous-bois.

Le botaniste qui a sauvé ce morceau de forêt

Au départ du sentier, une stèle discrète rend hommage à Thérésien Cadet, botaniste réunionnais dont les travaux ont joué un rôle majeur dans la connaissance et la protection de la flore endémique de l'île au XXe siècle. Ce n'est pas un détail anecdotique : c'est en grande partie grâce à ce type de travail scientifique que des sites comme Mare-Longue ont été identifiés comme prioritaires, classés en réserve biologique dès 1958, puis intégrés plus tard à la protection du Parc national de La Réunion et au bien classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2010.

🌿 Une réserve à deux visages : le sentier botanique ouvert au public ne représente qu'une fraction de la forêt de Mare-Longue. Le cœur de la réserve biologique, plus vaste, reste fermé au public et réservé aux missions de recherche scientifique, afin de préserver au maximum cet écosystème rare des perturbations humaines.

Une pause qui a du sens dans le Sud Sauvage

Le Sud Sauvage, où se trouve Mare-Longue, est surtout connu pour ses paysages de lave : les coulées noires qui dévalent vers l'océan, le Piton de la Fournaise qui domine l'horizon, les falaises battues par la houle au Cap Méchant. Dans ce décor minéral et spectaculaire, la forêt de Mare-Longue apporte un contraste saisissant. Elle rappelle que l'île ne se résume pas à ses volcans et à ses cirques : elle a aussi, discrètement, préservé un fragment de ce à quoi elle ressemblait avant l'arrivée de l'homme.

💡 Astuce : associez cette sortie à une autre randonnée du Sud Sauvage dans la même journée, comme le Cap Méchant ou la cascade de Grand Galet à Langevin. Le contraste entre la forêt dense de Mare-Longue et les paysages de lave à nu, à quelques kilomètres de là seulement, est l'un des plus marquants de l'île.

Une leçon d'humilité plus qu'un exploit

On ne revient pas de Mare-Longue avec une photo de sommet ou un record de dénivelé. On en revient avec une autre idée de ce qu'était La Réunion avant d'être transformée, et une certaine gratitude envers ceux qui ont œuvré, parfois dans l'ombre, pour qu'il en reste quelque chose. C'est une marche courte, mais qui laisse une empreinte plus durable qu'on ne l'imagine en partant.

Pour l'itinéraire complet, les horaires et la carte, direction la fiche technique de la forêt de Mare-Longue. Et pour prolonger la découverte du Sud Sauvage, direction notre guide du Cap Méchant ou notre fiche sur la cascade de Grand Galet.