Photo : Titi974 / Wikimedia Commons
La première fois qu'on arrive à Grande Anse, à Petite-Île, on marque un temps d'arrêt sur le parking. Pas pour la vue — on ne la voit pas encore — mais parce qu'on vient de lire le mot "plage" sur un panneau, à La Réunion, une île où la plupart des rivages sont noirs, tranchants, nés d'une coulée de lave refroidie il y a quelques siècles ou quelques millénaires. Ici, en descendant les marches vers le sable, la couleur change du tout au tout : un sable clair, presque blond, qui s'étend sous une forêt de cocotiers et de filaos. C'est l'une des rares plages de l'île à offrir ce contraste, et c'est en partie ce qui en a fait un lieu de pique-nique incontournable pour les familles du Sud.
Un sable qui ne devrait pas être là
La couleur de Grande Anse n'est pas un hasard de carte postale : la majorité des plages réunionnaises sont composées de sable noir, issu directement de l'érosion des roches volcaniques basaltiques. Les rares plages de sable clair de l'île, comme celle-ci ou celles de l'Ouest, doivent leur teinte à un mélange de débris coralliens et calcaires, charriés et déposés par la mer au fil du temps. Résultat : un cadre qui tranche avec l'image qu'on se fait spontanément du littoral réunionnais, encadré ici par des faces rocheuses sombres qui rappellent, elles, la vraie nature géologique de l'île.
La piscine naturelle, seul endroit où se baigner tranquille
Il faut le dire clairement, et tous les panneaux du site le rappellent : on ne se baigne pas dans l'océan ouvert à Grande Anse. Les courants y sont traîtres et le risque requin, comme sur une grande partie de la côte réunionnaise non protégée par un lagon, est réel. La solution locale est maline : une piscine naturelle a été aménagée dans la roche, près de la cale de mise à l'eau, alimentée par les vagues mais protégée de leur force. C'est là, et uniquement là, que petits et grands peuvent barboter en sécurité, sous l'œil des cocotiers.
À retenir : baignade en mer ouverte déconseillée (courants, requins), piscine naturelle sécurisée disponible près de la cale. Des chaussures d'eau évitent les coupures sur les rochers volcaniques qui bordent le bassin.
Monter au piton, dix minutes pour changer de point de vue
Une fois la serviette posée et la baignade faite, la tentation de rester allongé sous les cocotiers est grande. C'est pourtant à l'extrémité de la plage, côté piscine naturelle, que commence la meilleure partie de la sortie : un sentier étroit grimpe sur un petit promontoire volcanique, le Piton de Grande Anse. La montée ne dure qu'une poignée de minutes, sur un terrain pierreux mais sans difficulté technique, et débouche sur un point de vue qui change complètement la perception du lieu : la plage entière se dévoile en contrebas, courbée entre deux pointes rocheuses, avec l'océan Indien qui s'étend jusqu'à l'horizon.
Les plus curieux pourront pousser jusqu'au belvédère du Cap Auguste, accessible par une variante du sentier. Mais la roche y est friable et la portion n'est pas sécurisée par des barrières : mieux vaut y renoncer avec de jeunes enfants, ou par temps humide, et se contenter du premier point de vue, déjà largement suffisant pour les photos.
💡 Astuce : montez en fin d'après-midi, quand la lumière rasante dore le sable et que la plage se vide peu à peu. C'est le meilleur moment pour photographier la courbe de Grande Anse depuis le piton, sans silhouettes de baigneurs dans le cadre.
Le Sud sauvage vu d'en haut
Depuis le sommet du piton, le regard porte naturellement vers l'est, en direction de Saint-Joseph et de Manapany-les-Bains, où la côte continue de dérouler ses bassins et ses falaises. C'est tout l'intérêt de cette petite montée : elle donne une mise en perspective du Sud sauvage de l'île, cette portion de littoral où la végétation reprend le dessus sur les constructions, et où chaque pointe rocheuse cache un bassin, une cascade ou un spot de pêche. Grande Anse n'est qu'une porte d'entrée, mais c'est une belle porte d'entrée.
Quand venir
Grande Anse est un site communal très fréquenté, surtout le dimanche, jour sacré du pique-nique en famille à La Réunion. Si vous cherchez le calme pour profiter du piton et de la lumière, privilégiez un jour de semaine ou une arrivée matinale, avant que les familles n'investissent les tables et les barbecues. Côté météo, la saison sèche (mai à novembre) offre une mer plus calme et un ciel généralement plus dégagé pour le panorama ; la saison cyclonique (décembre à avril) peut amener une houle plus forte et des averses soudaines, qui rendent la roche du piton glissante.
Ce qu'il faut emporter
Le programme reste léger — plage, baignade, petite montée — mais quelques équipements changent la sortie. Une paire de chaussures d'eau protège les pieds dans la piscine naturelle comme sur le sentier caillouteux du piton. Une crème solaire indice 50+ est indispensable : il n'y a presque aucune ombre, ni sur la plage, ni sur le piton. Enfin, une gourde isotherme garde l'eau fraîche pour la petite marche, même si la sortie reste courte.
🌿 Respect du site : Grande Anse est un espace naturel fréquenté : repartez avec vos déchets, ne cueillez pas les cocos et restez sur le sentier balisé en montant au piton pour ne pas accélérer l'érosion de la roche volcanique.
La fiche pratique en complément
Pour les horaires, la distance exacte, le dénivelé et l'accès en voiture, direction notre fiche technique du Piton de Grande Anse : c'est la référence pratique à consulter avant de partir, avec la carte et les repères GPS.
Grande Anse n'est pas une randonnée au sens strict du terme : c'est une journée plage à laquelle on ajoute, pour le prix d'une petite demi-heure, un des plus beaux panoramas accessibles sans effort du Sud de l'île. Une raison suffisante pour ne pas repartir dès la serviette pliée.