Photo : Thierry Caro / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)
La plupart des visiteurs qui s'arrêtent à l'Anse des Cascades, sur la Route des Laves à Sainte-Rose, n'y restent qu'une vingtaine de minutes : le temps de photographier les cascades qui tombent directement dans l'océan, de faire un tour sous les cocotiers et de repartir. C'est déjà une belle étape. Mais ceux qui prennent le temps de chausser de vraies chaussures et de suivre le sentier du littoral vers le Sud découvrent autre chose : une marche tranquille au sommet des falaises noires, qui mène jusqu'à l'un des monuments les plus insolites de l'île, l'église Notre-Dame-des-Laves.
Ce texte n'est pas la fiche technique — pour les chiffres précis (distance, durée, accès), retrouvez notre fiche pratique dédiée à l'Anse des Cascades. Ici, il s'agit de raconter pourquoi ce prolongement mérite le détour, et comment bien le préparer.
Un site qui se mérite peu, et c'est tant mieux
L'Anse des Cascades doit d'abord son charme à son décor : une crique volcanique encaissée entre deux avancées de basalte noir, où plusieurs filets d'eau se jettent directement dans les vagues depuis le haut de la falaise. Une cocoteraie ombragée, plantée pour protéger un ancien village de pêcheurs, borde l'ensemble et abrite encore aujourd'hui un petit port artisanal où les barques colorées reposent entre deux sorties en mer. On y vient à toute heure, mais la lumière rasante du matin, quand les embruns accrochent le soleil, reste la plus photogénique.
Le site est aménagé et plat, ce qui en fait une étape idéale pour couper un trajet sur la Route des Laves, en famille ou entre deux visites de la coulée de 2007 plus au Sud. C'est précisément cette accessibilité qui pousse beaucoup de visiteurs à repartir trop vite, sans remarquer le sentier qui part discrètement vers le Sud, au bout de la cocoteraie.
Le sentier du littoral, entre falaises et ravines
Passé la cocoteraie, le chemin longe le rebord des falaises de lave, avec l'océan Indien en contrebas et le grondement des vagues qui ne quitte jamais tout à fait l'oreille. Le terrain est globalement plat, coupé de loin en loin par de petites ravines qu'il faut descendre puis remonter, sans que cela ne pose de vraie difficulté. C'est une marche apaisante, très différente des sentiers de montagne de l'intérieur de l'île, où le végétal cède la place au minéral et à l'horizon marin.
C'est aussi, il faut le dire, un sentier peu ombragé sur ses portions les plus dégagées. Un chapeau à larges bords et une bonne réserve d'eau ne sont pas superflus, même pour une sortie classée facile.
Notre-Dame-des-Laves, la porte que le feu n'a pas franchie
Le sentier mène vers le village de Piton Sainte-Rose et son église, devenue célèbre bien au-delà de l'île pour une raison précise : en 1977, une coulée de lave de l'éruption du Piton de la Fournaise a dévalé jusqu'à la mer, engloutissant des maisons et des champs de canne sur son passage — et s'est arrêtée net à la porte de l'église, laissant l'édifice presque intact au milieu d'un océan de roche noire figée. Depuis, la lave solidifiée entoure toujours une partie du bâtiment, et l'endroit est resté un lieu de culte actif, visité pour ce qu'il raconte de la cohabitation entre les Réunionnais et leur volcan.
🌋 Un symbole plus qu'un hasard : Notre-Dame-des-Laves est devenue, avec le temps, un symbole de résilience et de foi pour les habitants de Sainte-Rose — une coulée qui aurait pu tout emporter, et qui s'est arrêtée à quelques mètres du sanctuaire.
Organiser sa sortie
Comptez une demi-journée si vous voulez combiner tranquillement le site de l'Anse des Cascades, l'aller-retour jusqu'à Notre-Dame-des-Laves, et une pause déjeuner du côté du bourg de Sainte-Rose. Rien n'oblige à faire l'aller-retour complet d'une traite : le sentier se prête bien à une marche fractionnée, avec la possibilité de rebrousser chemin à tout moment si la chaleur ou le temps manque.
Le parking de l'Anse des Cascades se remplit vite le week-end et pendant les vacances scolaires ; arriver tôt le matin garantit à la fois une place et une lumière plus douce sur les cascades. Pensez aussi à vérifier la météo avant de partir : par forte houle, les embruns rendent certains passages du littoral glissants et la mer, déjà dangereuse en temps normal, devient franchement impressionnante à observer depuis les rochers.
💡 Astuce : profitez-en pour observer la coulée de lave de 2007, plus au Sud sur la Route des Laves, qui a elle aussi recouvert une portion de la route jusqu'à l'océan — un contraste saisissant avec la coulée de 1977 et l'église qu'elle a épargnée.
Une côte qui garde la mémoire du feu
Ce qui frappe, au retour de cette marche, ce n'est pas seulement la beauté des cascades qui plongent dans l'océan. C'est la manière dont cette côte Est raconte, sans grand discours, la cohabitation ancienne entre les Réunionnais et leur volcan : un port de pêche qui a survécu aux éruptions, une église que la lave a épargnée de justesse, et un littoral où l'on marche aujourd'hui tranquillement là où le feu est passé.
Pour l'itinéraire complet, les horaires détaillés et la carte, direction la fiche technique de l'Anse des Cascades. Et pour préparer le reste de votre sac avant de partir, notre guide de l'équipement de randonnée à La Réunion couvre le sujet en détail.