Le Chemin des Anglais entre La Possession et La Grande Chaloupe, La Réunion

Photo : Chaoborus / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Il y a des sentiers, à La Réunion, où l'on marche autant sur des pavés que sur des couches d'histoire. Le Chemin des Anglais, qui relie La Possession à la Grande Chaloupe en longeant les falaises du Nord de l'île, en est le meilleur exemple. Pas de forêt de tamarins ni de cirque volcanique ici : un paysage sec, minéral, ouvert sur l'océan, et un sentier vieux de près de 260 ans qui a vu passer colons, soldats britanniques et travailleurs engagés.

Ce texte n'est pas la fiche technique — pour les chiffres précis (distance, dénivelé, horaires), retrouvez notre fiche pratique dédiée au Chemin des Anglais. Ici, il s'agit plutôt de comprendre ce qui rend ce sentier si particulier, et de se préparer sérieusement à une sortie sans une once d'ombre.

Le Chemin Crémont, avant d'être anglais

Le sentier actuel reprend le tracé d'une piste ouverte dès 1730, mais c'est entre 1767 et 1775, sous l'administration de l'ordonnateur Honoré de Crémont, qu'il fut pavé de blocs de basalte pour permettre le passage des attelages entre La Possession et Saint-Denis. Longtemps appelé « Chemin Crémont » en hommage à son commanditaire, cet ouvrage colonial témoigne du soin apporté très tôt aux infrastructures de circulation sur une île au relief pourtant hostile.

Le sentier doit son nom actuel à un épisode plus tardif : en 1810, lors de la conquête britannique de l'île (alors Île Bonaparte), les troupes anglaises débarquèrent à la Grande Chaloupe et empruntèrent ce chemin pour prendre Saint-Denis à revers, ouvrant la voie à cinq années d'occupation britannique. Depuis, le nom « Chemin des Anglais » a supplanté celui de « Chemin Crémont » dans l'usage courant, même si les deux appellations coexistent encore sur certains documents officiels.

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Une marche minérale, face à l'océan

Depuis La Possession, le sentier s'engage directement sur les pavés d'origine, encore visibles par larges portions malgré les deux siècles et demi écoulés. La végétation, rase et sèche, laisse le regard filer loin sur l'océan Indien : c'est l'un des rares endroits du Nord de l'île où l'horizon marin accompagne le marcheur sur presque tout le parcours, sans être masqué par la forêt.

Le terrain reste globalement roulant, sans grande difficulté technique, mais l'absence quasi totale d'ombre change la donne : même par temps couvert, la chaleur se fait sentir vite sur ce sentier littoral exposé plein soleil. C'est une marche qui se prépare comme une sortie en milieu aride, malgré la proximité de l'océan.

🌿 Un sentier classé : le Chemin des Anglais est inscrit au titre des monuments historiques depuis 2014, au même titre que certains bâtiments patrimoniaux de l'île. Randonner ici, c'est aussi emprunter un ouvrage protégé pour sa valeur patrimoniale.

La Grande Chaloupe, un hameau à trois mémoires

L'arrivée à la Grande Chaloupe offre une pause naturelle et l'occasion de découvrir un site à la mémoire dense. Le hameau abrite les vestiges de l'ancien lazaret, station de quarantaine sanitaire construite en 1860 pour accueillir les travailleurs engagés venus d'Inde, de Chine et de Madagascar après l'abolition de l'esclavage en 1848 — une page méconnue de l'histoire de l'engagisme réunionnais. On y trouve également des vestiges de l'ancienne voie ferrée du XIXe siècle, qui reliait autrefois Saint-Denis à Saint-Pierre en suivant en partie le littoral.

Trois histoires se superposent ainsi sur quelques centaines de mètres : la voie coloniale du XVIIIe siècle, l'épisode militaire britannique de 1810, et la mémoire de l'engagisme du XIXe siècle. Peu de sentiers de l'île concentrent une telle densité historique sur un parcours aussi court.

💡 Astuce : beaucoup de marcheurs s'arrêtent à la Grande Chaloupe et repartent en aller-retour vers La Possession. Les plus entraînés peuvent poursuivre jusqu'à Saint-Denis (secteur de La Montagne) sur la totalité du tracé classé, longue de 11 km à sens unique, mais cela suppose d'organiser le retour (deux véhicules ou transport en commun).

Se préparer : l'ennemi ici, c'est le soleil

Contrairement aux randonnées d'altitude de l'île, le danger principal du Chemin des Anglais n'est pas le froid ou le brouillard, mais l'exposition solaire prolongée sans aucun point d'eau en chemin. Emportez plus d'eau que d'habitude — comptez au minimum 1,5 à 2 litres pour l'aller-retour jusqu'à la Grande Chaloupe — et partez tôt le matin pour éviter les heures les plus chaudes.

Un chapeau à larges bords et une bonne crème solaire indice 50+ ne sont pas optionnels sur ce parcours. Après de fortes pluies, les pavés historiques peuvent aussi devenir glissants par endroits : mieux vaut reporter la sortie de un ou deux jours si un épisode pluvieux vient de toucher le Nord de l'île. Pour le reste de l'équipement, notre guide de l'équipement de randonnée à La Réunion couvre l'essentiel.

Un sentier qui se lit autant qu'il se marche

Ce qui distingue le Chemin des Anglais des autres randonnées de La Réunion, ce n'est ni son dénivelé ni ses panoramas — bien réels mais modestes comparés aux cirques. C'est la densité de ce qu'il raconte : un chemin pavé pour faire circuler des attelages coloniaux, devenu route d'invasion militaire, puis simple voie d'accès à une station de quarantaine. Peu de sorties d'une demi-journée permettent de traverser autant d'histoire réunionnaise en si peu de kilomètres.

Pour l'itinéraire complet, les horaires détaillés et la carte, direction la fiche technique du Chemin des Anglais.