Col des Bœufs depuis le Petit Col, entrée du Cirque de Mafate, La Réunion

Photo : Wikimedia Commons

On arrive au Col des Bœufs par une longue route forestière qui serpente depuis Grand Îlet, dans le Cirque de Salazie, et qui finit par se garer d'elle-même, faute de continuation possible. Devant soi, plus aucune trace de bitume : seulement un panneau du Parc national, un sentier qui plonge dans la pente, et, quelque part en contrebas, invisible depuis le col, l'un des lieux les plus singuliers de France : le Cirque de Mafate, sans route, sans voiture, où l'on ne peut entrer et sortir qu'à pied ou en hélicoptère.

Ce texte n'est pas la fiche technique — pour les chiffres précis (distance, dénivelé, horaires, carte), retrouvez notre fiche pratique du Col des Bœufs à La Nouvelle. Ici, on raconte plutôt ce que l'on ressent à cette bascule, et pourquoi ce point précis de la carte concentre autant de premiers pas de randonneurs vers Mafate.

Le dernier parking avant le vide

Il y a quelque chose de très particulier à ce col. Sur la plupart des grandes randonnées de l'île, le parking est un simple point de départ parmi d'autres. Ici, il marque une frontière presque administrative : au-delà, plus aucun véhicule ne circulera jamais, et les quelques centaines d'habitants du cirque vivent selon une logique entièrement façonnée par cette absence de route — ravitaillement par hélicoptère ou à dos d'homme, école du hameau, gîtes qui font aussi épicerie.

La descente commence sans transition. Quelques mètres après le col, la vue s'ouvre déjà sur l'intérieur du cirque : un amphithéâtre de remparts basaltiques, souvent nappé de nuages qui remontent depuis le fond de la vallée en fin de matinée. Puis le sentier s'enfonce dans une forêt de tamarins des hauts, tordus et couverts de lichens, qui referme peu à peu le paysage jusqu'à ne plus laisser voir que le chemin, ses racines et ses escaliers de pierre.

💡 Le détail qui surprend : à mi-parcours, le sentier remonte brièvement vers le Petit Col avant de replonger. C'est le seul contre-dénivelé de la descente, mais psychologiquement, remonter alors qu'on vient de perdre plusieurs centaines de mètres a de quoi surprendre un marcheur pressé.

La Nouvelle, un village sans route

Après deux bonnes heures de descente régulière, la forêt s'éclaircit brutalement et laisse place à un plateau cultivé : La Nouvelle, le plus grand îlet de Mafate. On y trouve une école, un bureau de poste ambulant, des bars-restaurants, plusieurs boutiques de dépannage et une dizaine de gîtes — le tout au milieu de vergers, de cultures de choux et de haies vives, sans qu'aucune voiture n'y ait jamais roulé.

Ce contraste est sans doute ce qui rend ce premier contact avec Mafate si marquant : on s'attend à un désert de montagne, et on découvre un village animé, où les habitants circulent en tongs sur des sentiers que le visiteur, lui, a mis deux heures à descendre avec de bonnes chaussures. La Nouvelle sert aussi de carrefour : de là partent les sentiers vers Marla, La Roche Plate, Grand Place ou encore Cayenne, pour ceux qui poursuivent la traversée du cirque sur plusieurs jours.

🌿 Un cirque sous cloche : Mafate est classé au cœur du Parc national de La Réunion et inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. La faune et la flore y sont particulièrement préservées, en grande partie grâce à cette absence totale de route qui limite la pression humaine au strict nécessaire.

Publicité

Ce qu'il faut prévoir avant de partir

Le piège classique du Col des Bœufs, c'est de sous-estimer la remontée en pensant surtout à la descente. Techniquement, le sentier ne pose aucune difficulté : bien tracé, jalonné d'escaliers de pierre, il ne demande aucune expérience particulière. Mais les plus de 500 mètres de dénivelé à remonter, d'une traite, en fin de journée ou de séjour, sont un vrai effort — plus exigeant, pour beaucoup, que n'importe quelle montée « en altitude » ailleurs sur l'île.

Il n'existe aucun point d'eau fiable sur la descente elle-même : partez du col avec toute votre réserve, au moins 1,5 litre par personne, et complétez à La Nouvelle où l'eau est disponible dans les gîtes et boutiques. Des chaussures de randonnée à bonne accroche évitent les faux pas sur les escaliers de pierre humides, et des bâtons de marche se révèlent précieux dans la longue remontée finale, surtout avec un sac chargé pour plusieurs jours de trek.

Enfin, pensez au réseau mobile : une fois passé le col, il devient quasi inexistant dans le cirque. Téléchargez votre trace GPS à l'avance et prévenez quelqu'un de votre itinéraire si vous partez plusieurs jours vers Marla ou Roche Plate.

Une porte, pas une fin

Le Col des Bœufs n'est presque jamais une destination en soi : c'est un seuil. Pour beaucoup de randonneurs, la descente jusqu'à La Nouvelle est le premier chapitre d'une traversée de plusieurs jours dans Mafate ; pour d'autres, c'est une incursion d'une journée, juste assez longue pour comprendre pourquoi ce cirque fascine autant. Dans les deux cas, ce court trajet entre un parking de terre et un village sans route reste l'une des transitions les plus nettes que l'on puisse vivre à pied sur l'île.

Pour l'itinéraire complet, les distances et la carte, direction la fiche technique du Col des Bœufs à La Nouvelle. Et pour préparer votre sac avant de vous couper du monde pendant quelques jours, notre guide de l'équipement de randonnée à La Réunion couvre l'essentiel.