Parc du Colorado, La Montagne, Saint-Denis, La Réunion

Photo : Wikimedia Commons

Il y a quelque chose d'un peu absurde, la première fois qu'on s'y attaque : partir d'un stade de quartier, en tongs et short de plage à moins d'un kilomètre à vol d'oiseau, et se retrouver deux heures plus tard en pleine forêt de tamarins des hauts, avec la ville en miniature loin en contrebas. C'est pourtant exactement ce que propose le Colorado, au-dessus de Saint-Denis : une vraie montagne, avec un vrai dénivelé, qui commence littéralement dans le tissu urbain.

Ce texte n'est pas la fiche technique — pour les chiffres précis (distance, dénivelé, horaires, carte), retrouvez notre fiche pratique dédiée au Sentier du Colorado. Ici, on raconte plutôt à quoi ressemble cette montée, pourquoi elle surprend, et ce qu'il faut savoir avant de s'y lancer.

Un départ qui ne ressemble à aucun autre sur l'île

La plupart des grandes randonnées réunionnaises démarrent déjà en altitude, au bout d'une route de montagne : le Nez de Bœuf pour la Rivière des Remparts, le Maïdo pour Mafate, le parking du Pas de Bellecombe pour le volcan. Le Colorado fait l'inverse. Le point de départ classique, le Stade de la Redoute, se trouve dans les hauts de Saint-Denis, encore entouré de maisons, de jardins créoles et du bruit de la ville qui s'éveille.

Les premiers pas surprennent par leur normalité : on longe des clôtures, on croise des habitants qui sortent leurs poubelles, on se demande presque si l'on a pris le bon chemin. Puis la pente se redresse, les maisons s'espacent, et le sentier attaque sérieusement les premiers mètres de dénivelé. C'est une bascule progressive mais nette entre la ville et la montagne, sans transition par une route ou un parking : à pied, tout de suite, dès la sortie du quartier.

💡 Le détail qui change tout : ce même dénivelé, en pleine ville, en fait un terrain d'entraînement prisé des coureurs de trail de Saint-Denis. Ne soyez pas surpris de vous faire dépasser par quelqu'un qui monte au pas de course, un dossard imaginaire dans la tête.

La forêt qui avale la ville

Passé le premier tiers, la végétation change de registre. Les jardins laissent place à une forêt de plus en plus dense, où les tamarins des hauts et les palmistes rouges prennent le relais des filaos et des manguiers du bas. L'air se rafraîchit sensiblement, l'humidité grimpe, et il n'est pas rare de croiser une fine bruine alors qu'il faisait grand soleil vingt minutes plus tôt sur le stade de départ — un résumé assez fidèle de ce que les Réunionnais appellent, non sans tendresse, les « quatre saisons en une journée ».

Le sentier grimpe alors sans grand répit jusqu'au plateau du Parc du Colorado, autour de 650 mètres d'altitude. Le contraste à l'arrivée est presque comique : après une heure et demie ou deux de montée en sous-bois, on débouche sur une zone de loisirs à l'ambiance très différente — aire de jeux pour enfants, terrain de golf, tables de pique-nique, et une antenne météorologique qui domine le site. C'est un lieu à double vie, aussi accessible en voiture depuis La Montagne que par le sentier depuis la ville, et les deux publics s'y croisent sans vraiment se voir.

🌿 Le panorama qui se mérite : depuis le point de vue du Colorado, la vue s'étend sur Saint-Denis, la côte au Vent et l'océan Indien à perte de vue. Tôt le matin, avant que les nuages ne remontent des bas comme ils le font presque chaque jour, c'est l'un des panoramas les plus dégagés du Nord de l'île sur la capitale.

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Ce qu'il faut prévoir avant de partir

Le piège classique du Colorado, c'est de sous-estimer une randonnée qui démarre en ville. On se dit qu'on est encore chez soi, qu'on pourra toujours redescendre acheter une bouteille d'eau en cours de route — sauf qu'une fois dans la forêt, il n'y a plus rien de tel. Il n'existe pas de point d'eau fiable sur le parcours : partez avec toute votre réserve, au moins 1,5 à 2 litres par personne, surtout si vous attaquez la montée en fin de matinée quand la chaleur s'installe sur le bas du parcours.

Côté chaussage, la pente est régulière mais soutenue sur plusieurs kilomètres d'affilée : des chaussures de randonnée à semelle accrocheuse évitent bien des glissades dans les portions boueuses sous les tamarins, surtout après la pluie. Des bâtons de marche se révèlent également précieux : ils épargnent les genoux dans la longue descente, souvent plus douloureuse que la montée sur ce type de pente constante et sans grand replat.

Enfin, pensez à une veste coupe-vent légère pour le plateau : entre le vent qui balaie souvent le Colorado et la transpiration de la montée qui refroidit vite à l'arrêt, quelques degrés de moins suffisent à transformer la pause pique-nique en épreuve si l'on n'a rien à enfiler.

Une randonnée à deux vitesses

Ce qui rend le Colorado attachant, c'est justement cette double existence. Pour qui veut simplement profiter du site — l'aire de jeux, le point de vue, une balade tranquille en forêt — la route qui monte depuis La Montagne fait très bien l'affaire, sans une goutte de sueur. Mais pour qui cherche une vraie montée, avec un dénivelé qui se sent dans les jambes et une progression nette du bitume vers la canopée, le sentier depuis le Stade de la Redoute offre une expérience que peu de villes au monde peuvent proposer à leurs habitants : une montagne à la sortie du quartier.

Pour l'itinéraire complet, les distances et la carte, direction la fiche technique du Sentier du Colorado. Et pour compléter votre équipement avant de partir, notre guide de l'équipement de randonnée à La Réunion couvre le sujet en détail.