Le Dimitile vu depuis le sentier Charles-Payet, Entre-Deux, La Réunion

Photo : Rémih / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Il y a des sommets, à La Réunion, qu'on ne grimpe pas seulement pour le panorama. Le Dimitile, au-dessus d'Entre-Deux, en fait partie. Cette crête volcanique de 1 837 mètres doit son nom à un esclave marron qui, au XVIIIe siècle, y trouva refuge avec plusieurs compagnons pour échapper aux expéditions de traque envoyées depuis les Bas. Aujourd'hui encore, un camp mémoriel reconstitué rappelle cette histoire au sommet, au terme d'une montée qui use les mollets mais laisse une empreinte durable.

Ce texte n'est pas la fiche technique — pour les chiffres précis (distance, dénivelé, horaires), retrouvez notre fiche pratique dédiée au Dimitile. Ici, il s'agit plutôt de comprendre ce qui rend ce lieu si particulier, et de se préparer sérieusement à une journée complète de marche.

Une histoire avant d'être une randonnée

Dimitile n'est pas qu'un nom sur une carte. C'était un homme, réduit en esclavage, qui choisit de fuir vers les hauteurs plutôt que de se soumettre. Comme d'autres « marrons » de l'île — Anchaing dans le Cirque de Mafate, Cimandef entre Mafate et Salazie — il trouva dans le relief accidenté de La Réunion un allié : des crêtes difficiles d'accès, une végétation dense, des ravines profondes, autant d'obstacles qui compliquaient la tâche des expéditions armées lancées pour capturer les fugitifs.

En 1998, l'association Capitaine Dimitile a reconstitué sur place un Camp Marron : six cases en bois et feuilles de pandanus, dans l'esprit de celles qui auraient pu abriter les fugitifs. Une stèle commémorative, posée en 2001, et des statues représentant Dimitile, le « roi Laverdure » et son épouse Sarlave complètent le site. Ce n'est pas un musée au sens classique — plutôt un lieu de mémoire à ciel ouvert, qu'on découvre après l'effort, comme une récompense qui a du sens.

🌿 Un nom, plusieurs marrons : ne confondez pas Dimitile avec Cimandef, un autre chef marron dont le nom a été donné à un sommet différent, plus au nord, entre les cirques de Mafate et de Salazie. L'histoire du marronnage à La Réunion a laissé sa trace sur plusieurs reliefs de l'île.

Publicité

La montée depuis Entre-Deux

Le sentier part du parking du Portail du Dimitile, sur les hauteurs d'Entre-Deux, et s'engage d'abord dans une forêt de ravines. L'ambiance y est humide, presque feutrée : le sol, gorgé d'eau une bonne partie de l'année, colle aux semelles et demande de l'attention à chaque pas. Peu à peu, le sentier prend de la hauteur et la végétation s'ouvre, laissant deviner de premières échappées sur la côte sud, loin en contrebas.

C'est une montée longue plutôt que technique : pas de passage vertigineux sur l'itinéraire principal, mais un effort qui s'étire sur plusieurs heures, sans grand répit. Le rythme compte autant que la forme physique — mieux vaut marcher régulièrement, s'hydrater souvent, et garder une réserve d'énergie pour la deuxième moitié de la montée, où la pente se fait sentir davantage.

Le Camp Marron, un site à vivre lentement

Arriver au sommet après plusieurs heures d'effort change la façon de regarder les lieux. On croise d'abord une petite chapelle, ouverte à la méditation pour qui souhaite faire une pause silencieuse, puis le Camp Marron lui-même : les cases, la stèle, les statues, disposées avec sobriété sur la crête. Il n'y a rien de spectaculaire dans l'architecture — c'est la charge symbolique du lieu, et le contraste avec l'effort qui vient d'être fourni, qui donnent au site sa force.

Plusieurs gîtes se trouvent à proximité immédiate, parmi lesquels le Gîte du Dimitile et le Gîte Beldan. Pour qui veut prendre son temps, fractionner la sortie sur deux jours — montée et nuit sur place, panorama au lever du jour, puis redescente le lendemain matin — est une option à considérer sérieusement plutôt que de tout enchaîner dans la même journée.

💡 Astuce : si vous dormez sur place, réservez votre gîte bien à l'avance, surtout le week-end. Le nombre de lits reste limité sur cette crête isolée, sans alternative de repli improvisée.

Le panorama sur le Cirque de Cilaos

La table d'orientation installée au sommet du Dimitile offre l'une des vues les plus complètes du Sud de l'île : les remparts du Cirque de Cilaos d'un côté, la trouée vers Grande Anse et la côte sud de l'autre. Comme souvent en altitude à La Réunion, le brouillard a tendance à s'installer en fin de matinée et à masquer progressivement l'horizon. Un départ tôt n'est donc pas qu'une question de confort : c'est ce qui décide, la plupart du temps, si vous verrez ou non le panorama qui justifie l'ascension.

Entre-Deux, le village créole avant ou après la marche

Avant de reprendre la route, prenez le temps de traverser Entre-Deux, l'un des rares villages de La Réunion à avoir conservé une architecture presque entièrement créole : cases en bois, varangues (porches couverts) et lambrequins (bordures de toit ouvragées) se succèdent le long des rues. L'office de tourisme local propose des visites guidées de certaines maisons et jardins, une manière agréable de refermer la journée sans reprendre le volant immédiatement après la descente.

Se préparer : ce qu'il faut savoir avant de partir

Cette randonnée n'a rien d'anodin : environ 700 mètres de dénivelé positif sur près de 14 kilomètres aller-retour, sans point de ravitaillement fiable en chemin. Emportez plus d'eau que vous ne pensez en avoir besoin, et partez le plus tôt possible pour profiter d'un ciel dégagé et limiter les kilomètres de retour sous la chaleur de l'après-midi.

Le terrain, régulièrement humide en forêt, rend de bonnes chaussures de randonnée à semelle accrocheuse particulièrement utiles. Des bâtons de marche soulageront sensiblement les jambes sur la longueur du parcours, à la montée comme à la descente. Pour le reste du sac — vêtements, protection solaire, trousse de secours — notre guide de l'équipement de randonnée à La Réunion couvre le sujet en détail.

Un aller-retour exigeant, une mémoire qui reste

Ce qui reste du Dimitile, une fois redescendu à Entre-Deux, ce n'est pas seulement le souvenir d'un panorama sur le Cirque de Cilaos. C'est la sensation d'avoir marché, sans le vivre soi-même, sur les pas de ceux qui grimpèrent ces mêmes pentes pour fuir et survivre. Peu de randonnées de l'île portent une charge historique aussi directe — et c'est précisément ce qui rend celle-ci différente des autres sommets du Sud.

Pour l'itinéraire complet, les horaires détaillés et la carte, direction la fiche technique du Dimitile.