Photo : EmilieM1FLERéunion / Wikimedia Commons
Sur la Route des Laves qui longe le Sud sauvage, la plupart des visiteurs filent tout droit entre les cascades de Langevin et le Cap Méchant, sans remarquer le petit panneau signalant le hameau du Baril. C'est dommage : on y trouve l'un des sites les plus singuliers de la côte, où l'histoire coloniale de l'île se mêle à la géologie volcanique et à la vie de quartier d'un bassin de baignade populaire.
Ce texte n'est pas la fiche technique — pour les chiffres précis (accès, horaires, carte), retrouvez notre fiche pratique dédiée au Puits des Anglais. Ici, il s'agit de raconter ce qui rend ce lieu si particulier.
Un puits sous occupation anglaise
Entre 1813 et 1822, un homme nommé Joseph Hubert fait creuser à la main un puits dans la roche volcanique du Baril, pour recueillir l'eau de pluie qui dévale les pentes du Piton de la Fournaise. L'île, alors appelée Bourbon, traverse à cette époque une période singulière de son histoire : de 1810 à 1815, elle se trouve sous occupation britannique, la France napoléonienne ayant perdu le contrôle de la colonie au profit de la Royal Navy. La légende locale veut que le nom du puits vienne précisément d'une autorisation accordée par les autorités anglaises de l'époque, en 1813, pour permettre ce creusement. L'ouvrage est inauguré en 1822, quelques années avant la naissance officielle de la commune de Saint-Philippe.
Des fouilles archéologiques menées à proximité ont révélé les vestiges d'anciennes habitations d'ouvriers, témoins du passé industriel du secteur et notamment de l'ancienne usine du Baril. Longtemps resté un simple point d'eau de quartier, le puits a été officiellement inscrit monument historique par un arrêté du 27 juin 2025 — une reconnaissance patrimoniale qui a ramené un peu de lumière sur ce coin discret du Sud sauvage.
Du puits historique au bassin de baignade
Ce qui frappe en arrivant sur place, ce n'est pas tant le puits lui-même — modeste, avec son escalier de pierre qui descend vers l'eau — que ce qui l'entoure : le bassin du Baril, une large piscine naturelle d'eau de mer encastrée dans la roche volcanique, juste à côté. Réaménagé en 2022, le site peut accueillir jusqu'à 250 baigneurs, avec une profondeur qui oscille entre 50 cm et 1,5 m selon les zones, suffisamment calme pour les familles mais assez vivant pour ne jamais ressembler à une piscine artificielle.
Les kiosques ombragés disposés tout autour en font un spot de pique-nique très prisé des Réunionnais le week-end, bien plus qu'une attraction touristique balisée. C'est cette ambiance de quartier, loin de la foule des grands sites du Sud, qui donne au Puits des Anglais son charme particulier : on y vient autant pour l'histoire que pour passer un bon moment en famille.
🌋 Une côte qui porte les traces du feu : comme le Cap Méchant un peu plus au nord, le Baril se trouve sur la Route des Laves, cette bande côtière régulièrement recouverte par les éruptions du Piton de la Fournaise. La roche noire et anguleuse qui encadre le bassin raconte, strate par strate, les coulées successives qui ont façonné ce bout de côte.
Pour les marcheurs qui veulent prolonger
Depuis le Puits des Anglais, un sentier du littoral part vers le sud en direction de Puits-des-Français et de Quai-Gabriel, où l'océan vient se briser contre d'autres avancées de lave. Les plus motivés peuvent même pousser jusqu'au Tremblet : cette traversée complète du littoral de Saint-Philippe représente environ 22,5 km aller-retour et six heures de marche, avec la possibilité de raccourcir le retour grâce à un bus qui relie Tremblet au point de départ. Un vrai projet de randonnée côtière pour qui a déjà goûté à la version courte du Puits des Anglais et veut découvrir le reste de cette côte sauvage.
💡 Astuce : sur ce sentier littoral sans ombre, une casquette à voile anti-UV et une bonne réserve d'eau font une vraie différence. Pour la baignade elle-même, des chaussures aquatiques protègent efficacement des arêtes de lave qui tapissent le fond du bassin.
Une baignade à surveiller
Le bassin du Baril communique partiellement avec l'océan, ce qui signifie que son agitation peut varier assez vite selon la houle du moment, en particulier pendant l'hiver austral où les creux sont plus marqués sur cette côte. Ce n'est pas le Cap Méchant et sa violence permanente, mais la prudence reste de mise : on surveille les enfants en continu, et on évite de s'approcher du côté tourné vers l'océan.
Pour le reste de l'équipement et les conseils généraux adaptés aux microclimats de l'île, notre guide de l'équipement de randonnée à La Réunion détaille l'essentiel à emporter, quelle que soit la sortie choisie.
Quand y aller
Le Puits des Anglais se visite toute l'année, mais une arrivée en matinée offre généralement une eau plus calme et moins de monde autour du bassin, avant l'affluence familiale du week-end. En saison cyclonique (décembre à avril), mieux vaut vérifier les conditions de houle avant de prévoir la baignade.
Un détour qui vaut le coup
Le Puits des Anglais n'a ni la notoriété du Cap Méchant ni l'ampleur des cascades de Langevin. C'est justement ce qui en fait une étape attachante sur la Route des Laves : un puits du XIXe siècle, une légende d'occupation anglaise, et un bassin où la vie locale continue, tout simplement, de s'écrire chaque week-end.
Pour les horaires, l'accès détaillé et la carte, direction la fiche technique du Puits des Anglais.