Photo : Ekrem Canli / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)
Il y a quelque chose d'étrange à marcher dans les rues de Hell-Bourg en sachant qu'au XIXe siècle, on y venait de toute l'île, et parfois de plus loin, pour se soigner dans une eau qui n'existe plus. Ce petit village du cirque de Salazie, aujourd'hui connu pour ses cases créoles et ses hortensias, a vécu une vie entière de station thermale avant de la perdre d'un coup, en une seule nuit de cyclone.
Ce texte n'est pas la fiche technique de la randonnée — pour les chiffres précis (distance, dénivelé, horaires), retrouvez notre fiche pratique dédiée à la boucle des Trois Cascades. Ici, on raconte plutôt ce que cache ce village, et pourquoi la marche qui y commence vaut bien plus qu'une simple cascade en bout de sentier.
Une station thermale engloutie en une nuit
L'histoire commence vers 1830-1832, quand des sources chaudes sont découvertes sur le plateau de Bémaho, au-dessus de l'actuel village. Le lieu prend le nom de Hell-Bourg une dizaine d'années plus tard, en hommage au gouverneur Anne Marie Jean Baptiste Hell, qui administrait alors l'île. Un véritable établissement thermal y ouvre ses portes en 1852, avec bassins, cabines et même un casino. La station connaît son âge d'or vers 1875 : on y vient pour soigner rhumatismes et affections diverses, dans un cadre de montagne que peu d'autres destinations thermales peuvent offrir sous les tropiques.
Puis, en 1948, un cyclone provoque un glissement de terrain qui comble brutalement la source. Des tentatives de dégagement à l'explosif, dans l'espoir de rouvrir l'accès à l'eau thermale, auraient au contraire achevé de sceller les lieux et endommagé une partie des bâtiments. La station ne s'en est jamais relevée. Il ne reste aujourd'hui, au bord du Bras-Sec, qu'un bassin de pierre, des fragments de carrelage et des vestiges de chaudière rouillée, perdus dans un petit parc que l'on traverse presque sans s'en rendre compte en débutant la randonnée.
🌿 Le seul « Plus Beau Village de France » hors métropole : Hell-Bourg fait partie, depuis la fin des années 1990, de l'association Les Plus Beaux Villages de France — le seul village membre situé hors de métropole. Ses cases créoles aux couleurs vives et ses varangues ouvragées en sont la raison la plus visible ; son passé thermal en est la raison la plus secrète.
De la ruine thermale à la forêt
La randonnée qui part du village suit, sans le savoir forcément, une sorte de fil chronologique : on commence par les ruines du XIXe siècle, on continue par les rues du village classé, puis on quitte tout cela pour entrer dans une nature bien plus sauvage. Après un premier tronçon dans les herbes hautes, le sentier plonge sous la forêt humide de Salazie et grimpe, sérieusement, sur un sol de racines qui devient vite glissant dès que l'humidité s'installe — ce qui, dans ce cirque réputé pour être l'un des plus arrosés de l'île, arrive souvent.
Au bout de l'effort, un petit oratoire dédié à Notre-Dame des Longoses apparaît, posé au bord d'une ravine. C'est là, juste au-dessus, que se trouve le site des Trois Cascades. Le nom est à prendre avec des pincettes selon la saison : après de fortes pluies, le ravin libère effectivement trois chutes distinctes, impressionnantes dans ce décor encaissé. En période plus sèche, il faut parfois se contenter d'une seule cascade bien visible, les deux autres se réduisant à un simple filet d'eau.
💡 Astuce : si vous visez les trois chutes bien distinctes, privilégiez une sortie dans les jours qui suivent un épisode pluvieux marqué plutôt qu'en pleine sécheresse — tout en évitant évidemment de partir pendant les pluies elles-mêmes, pour la sécurité du sentier.
Ce qu'il faut prévoir pour cette sortie
La partie village se fait sans équipement particulier, en tongs ou en baskets si vous ne faites que flâner entre les cases créoles et les ruines thermales. La montée vers les cascades change complètement de registre : comptez sur de bonnes chaussures de randonnée imperméables avec une semelle accrocheuse, surtout pour la descente, souvent plus délicate que la montée sur ce type de terrain.
Emportez également un peu d'eau — la boucle complète dépasse les deux heures et demie — et gardez un œil sur la météo du matin, en particulier sur l'état des pluies des jours précédents, qui conditionne autant votre sécurité sur le sentier que le spectacle des cascades une fois arrivé en haut.
Un village à lire comme un sentier
Ce qui rend Hell-Bourg particulier, ce n'est pas seulement sa carte postale de village créole. C'est la possibilité, en une seule sortie, de traverser près de deux siècles d'histoire de l'île : la ruée vers une eau miraculeuse, sa perte brutale, puis la reconquête tranquille du lieu par le tourisme et la randonnée. La cascade, au bout du sentier, n'est presque qu'un bonus.
Pour l'itinéraire complet, les distances et la carte, direction la fiche technique de la boucle des Trois Cascades. Et pour compléter votre sac avant de partir, notre guide de l'équipement de randonnée à La Réunion couvre l'essentiel.