Photo : Wikimedia Commons
Il y a, au fond du Cirque de Cilaos, une histoire que peu de visiteurs connaissent en empruntant la route des 400 virages. Avant les thermes modernes que l'on voit aujourd'hui dans le village, c'est un peu plus bas, dans les gorges du Bras des Étangs, qu'a vécu la première grande station thermale de l'île : un établissement né d'une légende de chasse, embelli par un hôtel Art déco, puis emporté par l'un des cyclones les plus violents jamais enregistrés sur l'île.
Ce texte n'est pas la fiche technique — pour les chiffres précis (distance, dénivelé, horaires), retrouvez notre fiche pratique dédiée aux Anciens Thermes de Cilaos. Ici, il s'agit de comprendre pourquoi ce site mérite une marche, même courte, et ce que ses cascades racontent encore de l'histoire du cirque.
Une source découverte en chassant le cabri
La tradition locale attribue la découverte des sources chaudes de Cilaos à Paulin Técher, un chasseur de cabris sauvages qui, en 1815, aurait poursuivi une bête blessée jusqu'au fond de la vallée et serait tombé sur une eau étrangement tiède jaillissant de la roche. L'anecdote a beau relever en partie de la légende, elle correspond à la façon dont beaucoup de sites remarquables de l'île ont été « découverts » par des colons explorant des reliefs jusque-là réservés aux esclaves marrons en fuite.
L'eau en question, naturellement chauffée autour de 37 à 38°C et riche en fer, s'est rapidement taillé une réputation : on la disait efficace contre les rhumatismes et les affections ORL. Au fil du XIXe siècle, un établissement thermal rudimentaire s'est développé autour des sources, attirant des curistes venus parfois de loin pour un séjour de cure, à une époque où rejoindre Cilaos demandait déjà plusieurs jours de marche.
🌿 Une eau pas comme les autres : la teinte ocre à rouille que l'on observe aujourd'hui sur les roches des bassins vient directement de cette richesse en fer. Au contact de l'air, le fer dissous dans l'eau de source s'oxyde et se dépose sur la pierre, un phénomène purement minéral qui donne aux Anciens Thermes leur allure si particulière.
Un hôtel Art déco au fond du cirque
La fréquentation grandissante a fini par justifier la construction, en 1938, d'un véritable Hôtel des Thermes dans un style Art déco qui tranchait avec l'architecture créole environnante. Dans les décennies qui suivirent, Cilaos s'est imposé comme la dernière grande station thermale en activité de l'île, accueillant curistes et vacanciers venus profiter des eaux chaudes autant que du climat sec et de l'altitude du cirque.
C'était une autre époque pour Cilaos : avant que le vin AOC et la broderie ne deviennent les symboles touristiques du village, c'est bien l'eau thermale qui faisait sa renommée au-delà du cirque.
Le cyclone Hyacinthe et la fin d'une époque
Cette histoire thermale a basculé en 1980, lorsque le cyclone Hyacinthe a stationné anormalement longtemps au large de La Réunion, y déversant des pluies d'une intensité exceptionnelle (l'île détient encore aujourd'hui plusieurs records mondiaux de précipitations sur des durées de un à dix jours). Le Cirque de Cilaos, déjà naturellement exposé aux crues et aux glissements de terrain, a été particulièrement touché. Les dégâts dans la vallée du Bras des Étangs ont porté un coup fatal à l'ancien établissement thermal, déjà fragilisé par des décennies d'exposition aux éléments.
Le site ne s'en est jamais vraiment relevé. Il a fallu attendre 1987 pour qu'un nouvel établissement thermal, plus haut dans le village et mieux protégé, ne rouvre l'activité de cure à Cilaos — celui que l'on visite aujourd'hui en descendant la rue des Thermes.
💡 Astuce : le sentier jusqu'au premier bassin, le plus accessible, est une marche très facile adaptée à tous. Pour l'extension plus engagée vers le Bassin Fouquet, mieux vaut prévoir des chaussures de randonnée à bonne accroche et, idéalement, l'accompagnement d'un guide local.
Ce qu'il reste à découvrir aujourd'hui
Des bâtiments de l'ancien hôtel, il ne reste que peu de traces visibles depuis le sentier. Ce qui subsiste, en revanche, c'est le décor naturel façonné par des décennies d'écoulement thermal : une série de bassins et de petites cascades aux teintes minérales, nichés dans une végétation de ravine dense, à quelques minutes à peine du village. Le premier bassin, atteint en une demi-heure de marche environ, suffit largement à ressentir l'atmosphère particulière du lieu.
Pour les randonneurs qui souhaitent prolonger la sortie, le sentier continue vers d'autres bassins plus sauvages, dont le Bassin Fouquet. Mais cette portion est nettement plus exigeante : balisage quasi inexistant, terrain parfois boueux, et un passage exposé au-dessus des gorges qui a valu à cet itinéraire une réputation de sortie « engagée » dans les retours de randonneurs. Ce n'est clairement pas une extension à improviser.
Se préparer : une sortie courte mais à ne pas négliger
Le principal atout de cette randonnée est aussi ce qui peut tromper : sa facilité apparente. Jusqu'au premier bassin, c'est effectivement une marche sans danger particulier. Mais comme partout dans les gorges de Cilaos, le niveau du Bras des Étangs peut monter rapidement après de fortes pluies, et il vaut mieux reporter la sortie en cas de doute sur la météo.
Pour le reste de l'équipement — protection solaire, trousse de secours, vêtements adaptés aux écarts de température du cirque — notre guide de l'équipement de randonnée à La Réunion couvre le sujet en détail.
Une histoire à (re)découvrir au fil de l'eau
Ce qui rend les Anciens Thermes de Cilaos attachants, ce n'est pas la prouesse sportive ni un panorama à couper le souffle, mais la rencontre entre une histoire humaine singulière — une source découverte par hasard, un hôtel d'un autre temps, une catastrophe climatique qui a tout emporté — et un décor naturel qui continue, bassin après bassin, à raconter cette mémoire thermale du cirque.
Pour l'itinéraire complet, les horaires détaillés et la carte, direction la fiche technique des Anciens Thermes de Cilaos.