Terrain de camping et paysage de l'îlet d'Aurère, au cœur du Cirque de Mafate, La Réunion

Photo : Wikimedia Commons

Il y a des îlets de Mafate que l'on visite par curiosité, et il y en a un qu'on rejoint presque par respect : Aurère. Perché sur un replat du versant ouest du cirque, ce hameau minuscule serait, selon la tradition locale, le tout premier endroit cultivé par les habitants de Mafate — bien avant que La Nouvelle ne devienne la « capitale » du cirque ou que Marla ne se couvre de cultures d'ail. On raconte que son nom viendrait du malgache et signifierait « bonne terre », en hommage à la fertilité inattendue de ce coin de montagne.

Ce texte n'est pas la fiche technique — pour les chiffres précis (distance, dénivelé, horaires, carte), retrouvez notre fiche pratique de la randonnée vers Aurère. Ici, il s'agit plutôt de comprendre pourquoi ce hameau, bien moins visité que ses voisins, mérite une longue marche depuis Dos d'Âne.

Le premier jardin du cirque le plus sauvage de France

Mafate doit son isolement à sa géographie : un amphithéâtre de remparts basaltiques fermé de toutes parts, sans la moindre route, où l'on ne pénètre qu'à pied ou en hélicoptère. Ses premiers occupants, à la fin du XVIIIe siècle, furent des esclaves marrons fuyant les plantations du littoral, suivis plus tard par des petits colons venus chercher des terres à cultiver loin de tout. Aurère, dit-on, fut l'un des tout premiers de ces refuges transformés en jardin : un sol riche, une source d'eau à proximité, assez d'espace pour quelques cases et des cultures vivrières.

Au fil des générations, le hameau a vu se développer des cultures de café, puis de géranium — la célèbre « huile essentielle » qui a longtemps fait vivre les hauts de l'île — avant de se recentrer sur le maraîchage et les arbres fruitiers que l'on découvre encore aujourd'hui en arrivant : letchis, agrumes, bananiers, plantés en terrasses à flanc de montagne par des mains qui n'ont jamais eu accès à une route.

💡 Un hameau à l'échelle humaine : Aurère ne compte qu'une poignée de familles et une école à classe unique, où quelques enfants de tous âges étudient ensemble. C'est l'un des endroits les plus préservés de Mafate, loin de l'affluence de La Nouvelle.

Une marche qui ne ressemble à aucune autre

Pour rejoindre Aurère, il faut partir de Dos d'Âne, petit village perché sur les hauts de La Possession, dernier point du trajet encore desservi par une route. De là, le sentier emprunte une portion du GR® R2, le sentier de Grande Randonnée qui traverse l'île d'un cirque à l'autre — et il ne ressemble en rien à une simple descente. Le tracé enchaîne les ravines : on perd de l'altitude dans une pente boisée, on traverse un creux encaissé, puis il faut remonter de l'autre côté avant de replonger à nouveau. Ce profil en dents de scie, répété plusieurs fois sur onze à treize kilomètres, en fait l'un des accès les plus physiques du cirque — bien plus exigeant, au kilomètre, que la descente classique du Col des Bœufs vers La Nouvelle.

C'est précisément ce qui rend l'arrivée à Aurère si marquante. Après des heures à ne voir que de la forêt des hauts et le fond des ravines, le sentier débouche sans prévenir sur un replat cultivé, baigné de lumière, où des jardins en terrasses s'étagent au milieu des arbres fruitiers. Le contraste avec les heures de marche qui précèdent donne tout son sens à l'expression de « jardin secret ».

🌿 Un cirque classé : Mafate, au cœur du Parc national de La Réunion, est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. L'isolement total d'îlets comme Aurère a permis de préserver un mode de vie et un paysage agricole devenus rares ailleurs sur l'île.

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Ce qu'il faut prévoir avant de partir

Le piège d'Aurère, c'est de sous-estimer la longueur et le profil vallonné de l'itinéraire en se fiant uniquement à la distance affichée sur une carte. Onze à treize kilomètres de GR R2 à travers plusieurs ravines représentent cinq à six heures de marche pour un randonneur entraîné — et sensiblement autant au retour. Beaucoup de marcheurs choisissent donc de ne pas faire l'aller-retour dans la journée : une nuit en gîte à Aurère, ou un enchaînement vers un autre îlet du cirque, permet de profiter du lieu sans courir après la montre.

Aucun point d'eau fiable n'est recensé sur le trajet entre Dos d'Âne et Aurère : partez avec une réserve complète, idéalement dans une poche à eau de randonnée facile d'accès pendant la marche. De bonnes chaussures de randonnée et des bâtons de marche aident considérablement dans les multiples montées-descentes des ravines, surtout en fin de parcours quand les jambes commencent à fatiguer.

Comme partout dans Mafate, le réseau mobile disparaît presque totalement une fois le col franchi : téléchargez votre trace GPS avant de partir et prévenez quelqu'un de votre itinéraire. Évitez absolument ce parcours en cas de fortes pluies ou d'alerte cyclonique : les ravines peuvent se transformer en quelques minutes en torrents impraticables.

Un détour qui se mérite

Aurère n'est ni le plus simple ni le plus spectaculaire des accès à Mafate — c'est sans doute pour cela qu'il reste l'un des moins fréquentés. Pour qui accepte les heures de marche et les ravines à franchir, la récompense est un hameau d'une authenticité rare, où l'histoire des premiers habitants du cirque se lit encore dans chaque terrasse cultivée. Une marche exigeante, mais qui raconte, mieux que n'importe quel panneau, pourquoi Mafate fascine autant.

Pour l'itinéraire complet, les distances et la carte, direction la fiche technique de la randonnée vers Aurère. Et pour préparer votre sac avant de vous couper du monde pendant plusieurs heures, notre guide de l'équipement de randonnée à La Réunion couvre l'essentiel.