Clairière et sous-bois de la Plaine des Chicots, forêt de Tamarins des Hauts, Saint-Denis, La Réunion

Photo : regulator974 / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

La plupart des visiteurs de La Réunion découvrent Saint-Denis par son front de mer, sa circulation et sa chaleur moite. Peu savent qu'à quelques kilomètres de route à vol d'oiseau, en grimpant vers le village du Brûlé, le climat change du tout au tout, et qu'on peut s'enfoncer à pied dans une forêt faite d'un arbre que l'on ne trouve absolument nulle part ailleurs sur Terre : le Tamarin des Hauts.

Ce texte n'est pas la fiche technique de la randonnée — pour les chiffres précis (distance, dénivelé, horaires), retrouvez notre fiche pratique dédiée à la Plaine des Chicots. Ici, on s'attarde plutôt sur ce qui rend cette forêt si particulière, et pourquoi elle mérite le détour même pour qui n'ira pas jusqu'à la Roche Écrite.

Un arbre qui n'existe qu'ici

Le Tamarin des Hauts, de son nom scientifique Acacia heterophylla, est une espèce endémique de La Réunion : il ne poussait à l'état naturel que sur cette île, principalement entre 1 500 et 2 000 m d'altitude, sur les pentes où l'humidité et la fraîcheur lui sont favorables. Son bois, dense et durable, a longtemps fait l'objet d'une exploitation intensive — charpentes, meubles, tonneaux — au point que la forêt naturelle, la tamarinaie, a reculé sur de larges portions de l'île. Ce qui subsiste aujourd'hui, notamment à la Plaine des Chicots, résulte autant de peuplements naturels préservés que d'une sylviculture plus raisonnée mise en place par l'ONF au fil des décennies.

Ce qui frappe en marchant sous ces arbres, ce n'est pas tant leur hauteur que la clarté inhabituelle du sous-bois : contrairement à la forêt tropicale humide dense que l'on associe spontanément à l'île, la tamarinaie laisse filtrer la lumière entre des troncs tortueux, sur un sol souvent tapissé d'aiguilles fines. L'ambiance y est presque reposante, à mi-chemin entre forêt de montagne tempérée et forêt tropicale d'altitude.

🌿 Un refuge pour les oiseaux de l'île : la Plaine des Chicots et la Plaine d'Affouches voisine, séparées par la gorge de la rivière Saint-Denis, sont classées comme zone importante pour la conservation des oiseaux (ZICO). Plusieurs espèces forestières endémiques ou indigènes de l'île, de plus en plus rares ailleurs, y trouvent encore un habitat favorable.

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Le Brûlé, village-tampon entre deux mondes

Le point de départ de la randonnée, le village du Brûlé, joue un peu ce rôle de sas : on y sent déjà l'air plus frais qu'en ville, les jardins y sont plus verts, et les Dionysiens eux-mêmes viennent souvent s'y réfugier le week-end pour fuir la chaleur du littoral. Depuis son parking, le sentier grimpe d'abord dans une végétation dense et humide, avant que la pente ne s'adoucisse et que la forêt ne change peu à peu de visage à l'approche de la tamarinaie.

Le cheminement jusqu'aux clairières de la Plaine des Chicots demande plusieurs heures de marche, suffisamment pour que l'on ressente pleinement ce changement d'étage de végétation. Un gîte forestier y accueille les randonneurs, simple halte pour les uns, étape pour les autres avant de pousser vers le sommet de la Roche Écrite, dont le sentier continue plus haut.

💡 Astuce : même par temps dégagé au littoral, la plaine peut se retrouver dans la brume en fin de matinée. Partir tôt augmente nettement les chances de marcher sous un ciel clair dans la tamarinaie.

Ce qu'il faut prévoir pour cette sortie

Le changement d'altitude se fait sentir : prévoyez une couche chaude, même en plein été austral, car la température en forêt d'altitude peut être nettement plus basse qu'au bord de mer. Le sol, souvent détrempé par l'humidité ambiante, demande de bonnes chaussures de randonnée imperméables à semelle accrocheuse.

Le réseau mobile étant aléatoire une fois sous les arbres, mieux vaut partir avec une trace GPS préchargée plutôt que de compter sur une connexion en cours de route, surtout si vous envisagez de prolonger la sortie vers la Roche Écrite.

Une autre Réunion, à une heure de route

Ce qui rend la Plaine des Chicots attachante, c'est ce contraste si rapide entre la vie urbaine de Saint-Denis et une forêt endémique rare, presque silencieuse, où l'on croise davantage d'oiseaux que de monde. On n'y vient pas pour une cascade spectaculaire ou un sommet vertigineux, mais pour une marche en forêt, simple et dépaysante, qui rappelle à quel point l'île change de visage en quelques kilomètres d'altitude.

Pour l'itinéraire complet, les distances et la carte, direction la fiche technique de la Plaine des Chicots. Et pour compléter votre sac avant de partir, notre guide de l'équipement de randonnée à La Réunion couvre l'essentiel.