Photo : Dval027 / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)
Il y a un moment précis, sur la route du volcan, où le paysage bascule. Jusque-là, on roule entre les tamarins des hauts et les pâturages brumeux de la Plaine-des-Cafres. Puis, passé le point de vue du Nez de Bœuf, la végétation s'arrête net, comme tranchée à la règle. Devant le pare-brise s'étend un plateau rouge, ocre et noir, sans un arbre, sans un brin d'herbe : la Plaine des Sables.
Ce texte n'est pas la fiche technique — pour les chiffres précis (distance, dénivelé, horaires, accès), retrouvez notre fiche pratique dédiée à la Plaine des Sables. Ici, il s'agit de raconter pourquoi ce plateau, que beaucoup ne font que traverser en voiture, mérite qu'on y marche.
Le moment où tout change
La première fois qu'on découvre la Plaine des Sables, l'effet de surprise est presque physique. À 2 250-2 400 m d'altitude, à la limite des communes de Saint-Joseph et de Sainte-Rose, ce plateau occupe le fond d'une ancienne caldeira effondrée il y a plusieurs dizaines de milliers d'années. Rien n'y poussait déjà difficilement ; les éruptions plus récentes du Piton Chisny et du Piton Haüy, il y a seulement un à deux millénaires, ont achevé de recouvrir le sol d'une couche de lapilli — ces petites projections volcaniques grenues qui donnent au plateau sa texture et son nom.
Le résultat est un décor que la plupart des visiteurs comparent spontanément à la Lune ou à Mars. Sous un ciel dégagé, les ombres des nuages glissent sur l'étendue minérale comme sur une autre planète ; sous la brume, les contours s'effacent et le plateau devient presque abstrait.
🌋 Un site classé : la Plaine des Sables se trouve au cœur du Parc national de La Réunion, dans le périmètre du bien inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO « Pitons, cirques et remparts » depuis 2010.
Pourquoi s'arrêter, et pourquoi marcher
La plupart des visiteurs traversent la Plaine des Sables en voiture, s'arrêtent aux points de vue aménagés le long de la route, prennent quelques photos, et repartent vers le Pas de Bellecombe pour l'ascension du volcan. C'est déjà une expérience marquante. Mais le plateau se révèle autrement à pied : le silence, l'absence totale de point de repère, le bruit sourd des pas sur les lapilli, tout contribue à une sensation d'isolement rare sur une île pourtant densément habitée sur son littoral.
Depuis le parking du Pas des Sables, une boucle balisée (dite « des Trois Pitons de la Plaine des Sables ») permet de s'enfoncer dans le plateau en contournant plusieurs cônes volcaniques secondaires. Le terrain est roulant et ne présente aucune difficulté technique — c'est bien l'orientation, et non l'effort physique, qui constitue le vrai défi de cette sortie.
💡 Astuce : partez idéalement en tout début de matinée. Le plateau se couvre très souvent de nuages ou de brume à partir du milieu de la matinée, ce qui réduit fortement la visibilité et l'intérêt du paysage, sans parler du risque de désorientation sur un terrain si peu marqué.
Deux pièges de nom à éviter
Attention à ne pas confondre ce plateau avec deux autres lieux au nom proche. D'abord, la « Plaine aux Sables » que l'on traverse en randonnée près de La Nouvelle, dans le Cirque de Mafate : un lieu totalement différent, à une autre altitude et dans un autre massif. Ensuite, le secteur de lapilli traversé à pied à l'intérieur de l'Enclos Fouqué, entre le Formica Léo et le Piton Dolomieu, lors de l'ascension du Piton de la Fournaise : son aspect est similaire — même désert minéral, même absence de végétation — mais il se trouve de l'autre côté du rempart du Pas de Bellecombe, dans une caldeira distincte.
Praticité et sécurité
Sans un seul arbre pour faire de l'ombre, le soleil et le vent frappent directement sur ce plateau d'altitude. Une bonne protection solaire et des lunettes de soleil catégorie 3 ou 4 sont loin d'être superflues, même sous un ciel voilé — la réverbération sur le sol clair y est intense. Emportez aussi plus d'eau que pour une sortie équivalente en forêt : aucun point d'eau n'existe sur le plateau.
Pour le reste de l'équipement et les conseils généraux adaptés aux microclimats de l'île, notre guide de l'équipement de randonnée à La Réunion détaille l'essentiel à emporter, quelle que soit la sortie choisie.
Quand y aller
La saison sèche, de mai à novembre, offre les meilleures conditions : ciel plus souvent dégagé, visibilité maximale sur les cônes volcaniques environnants. Dans tous les cas, un départ matinal reste la meilleure garantie de profiter du plateau avant que les nuages ne remontent, un phénomène presque quotidien en fin de matinée sur ces hauteurs.
Un décor qui précède le volcan
La Plaine des Sables n'est pas le Piton de la Fournaise, mais elle en est l'antichambre naturelle : le moment où le voyageur comprend qu'il quitte définitivement les paysages tropicaux pour entrer dans un monde minéral et volcanique. Qu'on la traverse en voiture en quelques minutes ou qu'on prenne le temps d'une boucle de 3h30 à pied, elle laisse rarement indifférent.
Pour l'itinéraire complet de la boucle des Trois Pitons, les horaires détaillés et la carte d'accès, direction la fiche technique de la Plaine des Sables.